Un habitant du
Michigan réclame 70 millions de dollars à deux éditeurs au motif que
des versions de la Bible définissant l'homosexualité comme un péché l'auraient
perturbé mentalement et plongé dans une détresse émotionnelle.
Bradley LaShawn
Fowler est homosexuel et il prétend que ses droits constitutionnels ont été
bafoués par les éditeurs Zondervan Publishing Co. et Thomas Nelson
Publishing dont les « mauvaises traductions » de la Bible auraient causé du tort
aux homosexuels. Il réclame à ces éditeurs respectivement 60 et 10 millions de
dollars et les poursuit séparément.
Selon le
plaignant qui se défend lui-même, la traduction du verset 9 du chapitre 6 de la
première épître aux Corinthiens serait la cause de vexations, voire de
violences allant jusqu'au meurtre dont seraient victimes les homosexuels.
Lui-même aurait été rejeté par sa famille et cette interprétation de la Bible l'aurait conduit à la
dépression. La lecture de ces passages influencerait fortement les chrétiens.
S'il reconnaît
que chaque Bible est une version, il affirme que le choix du terme
« homosexuel » ne peut être considéré comme une traduction,
mais une modification substantielle du texte.
Il se plaint non
seulement de ce que l'utilisation du mot « homosexuel » par la
société Zondervan, soit en rapport avec des jugements moraux, l'homosexualité
étant décrite comme mauvaise ; mais encore que la Bible affirme que les gays
n'hériteront pas du Royaume des Cieux. Le défendeur assure, pour sa part,
n'avoir en rien innové et que les traductions de la Bible sont faites sous l'autorité
d'un comité d'experts.
Cette affaire
témoigne d'une politique de harcèlement des lobbies gays pour faire aboutir
leurs revendications et interdire la moindre critique. Elle n'est pas sans
rappeler la condamnation du député Christian Vanneste qui avait affirmé que si
l'humanité entière était homosexuelle, il n'y aurait plus de génération
suivante. Ce seul raisonnement par l'hyperbole avait été jugé insultant
pour la communauté gay.
S'il est
indéniable que des groupes religieux se montrent peu respectueux envers les
homosexuels, il est aussi farfelu et infondé de poursuivre des éditeurs au
motif que leurs traductions de la
Bible iraient plus loin que le texte d'origine quant à
l'homosexualité. En effet, le texte biblique fait mention
des homosexuels dans la ligne du Lévitique.
Mais à supposer que la traduction du passage incriminé soit fausse, il est
indéniable que le terme « homosexuel » se situe parmi une
liste d'autres péchés, sans qu'une hiérarchie soit donnée. Ainsi, que l'on
admette que la Bible
mentionne l'homosexualité ou au contraire, qu'on affirme que la traduction est
erronée, il n'en reste pas moins que l'homosexuel n'est pas plus fortement
accusé que l'ivrogne. Dès lors, la personne homosexuelle ne peut prétendre que la Bible le vise
particulièrement.
Si, évidemment,
elle qualifie l'homosexualité de péché, il ne faut pas oublier que le péché est
une notion morale et religieuse. A partir de ce point, deux constats s'imposent :
Certes, une
mauvaise compréhension de la
Bible et de sa mention de l'homosexualité, conduit certaines
personnes à se comporter mal envers les homosexuels. Donc, selon la même Bible,
ces
personnes pèchent et manquent tout autant que les homosexuels de faire le
bien. Le Christ a lui-même condamné le fait de juger les autres en se pensant
meilleur qu'eux. La Bible
ne hiérarchise pas les péchés.
Le fait que la Bible affirme que ceux qui
pratiquent l'homosexualité n'iront pas au Ciel ne peut être considéré devant un
tribunal pénal comme une injure, car la société laïque ne peut appréhender le
domaine spirituel. Ce que les chrétiens pensent de l'homosexualité ne peut pas
être discuté, comme les goûts et les couleurs, tant qu'ils se montrent
respectueux.
Le premier
amendement de la
Constitution américaine dispose :« Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs. » La liberté d'expression est consacrée. « Mon église est mon
esprit » ou « Je suis une secte à moi tout seul » avaient
déjà pu dire respectivement Thomas Paine et Jefferson au XVIIIe
siècle. La pensée religieuse américaine est individualiste : chacun est
libre de croire ce qu'il veut et de nommer ce qu'il veut religion. Si Fowler
estime que la Bible
ne considère pas l'homosexualité comme un péché, libre à lui de défendre cette
croyance, mais aucun tribunal ne pourra légitimement, pas plus que légalement en
l'état actuel du droit américain, affirmer, que le juge doit aussi la défendre
et condamner les autres. Qui affirmerait le contraire devrait alors demander
que les passages de chaque livre sacré condamnant les autres croyants soient
supprimés.
Si ces procès
sont peut-être anecdotiques, ils se situent dans le choix de harceler les
tribunaux qu'ont fait diverses communautés qu'elles soient religieuses,
philosophiques ou encore sexuelles. Le juge a le choix entre honorer la Constitution pour
laquelle se sont battus bien des hommes et des femmes fuyant la persécution
religieuse et défendre la liberté de penser, ou se plier aux caprices sans fin
de ceux qui relativisent la liberté pour imposer leur vérité comme un dogme
juridique et social.
(Jean Degert)
CPDH - 16/07/08
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