De janvier à
juin 2008, un nombre record d'arrestations de personnes liées au marché de la
pédophilie a été atteint selon les chiffres de l'Agence nationale de
la police japonaise : plus de 300 personnes ont été interpelées. Le nombre
d'affaires recensées a, lui, augmenté de plus de 17%.
Ces enquêtes et
arrestations sont réalisées dans un pays où la production et le commerce d'images
pédophiles sont interdits mais où leur possession pour son seul usage privé est
légale.
En dépit de bien des similitudes apparentes, le
Japon reste éloigné du modèle occidental dont les racines puisent dans le fonds
judéo-chrétien. Contrairement à l'actualité occidentale, celle de l'Orient ne
nous concerne pas immédiatement, car les interactions et influences culturelles
sont moins importantes entre l'Empire nippon et la France qu'entre l'Allemagne
et la même France, par exemple. Néanmoins, pour reprendre l'image [erronée],
attribuée au météorologue Edward Lorenz, de l'effet papillon, un battement
d'ailes de cet insecte à Tokyo pourrait déclencher un orage en Occident. La
globalisation morale et psychologique existe aussi, notamment du fait du
reniement par l'Occident de ses origines, comme de sa recherche de nouvelles
morales. Comme du fait de l'entrée du monde dans ce « sixième continent
habité » qu'est la
Toile. Du relativisme des valeurs culturelles au relativisme
des vertus, il n'y a parfois qu'un faible écart. C'est la raison d'être de cet
article.
Si ces arrestations peuvent dissuader les
pédophiles, il n'en reste pas moins que ceux qui possèdent des images
pornographiques d'enfants, sont à l'abri des poursuites pénales. On ne peut que
s'étonner qu'une si grande et intéressante nation, qui en était à son époque
médiévale encore à la fin du XIXe siècle et qui était entrée de plain-pied dans
le XXe siècle, permette la possession de telles images. Le Japon ignorerait-il
que ces enfants sont des esclaves ? Ignorerait-il que des enfants acteurs
de films pour adultes sont tués quand ils ne sont plus considérés comme
utiles ? N'y a-t-il pas une contradiction entre interdire la diffusion de ces
images et autoriser leur possession ? A moins que l'interdiction partielle
ne soit pas le fruit d'une réflexion fondamentale mais la transposition de
normes occidentales et chrétiennes qui s'ignorent.
Pour
aller plus loin
Autant
l'Orient est éloigné de l'Occident...
...Autant nos
valeurs sont parfois distantes et ce que nous considérons comme des vertus, en
contradiction. Nous survolerons, sans prétendre à l'exhaustivité, la situation
morale du Japon pour comprendre comment les autorités peuvent accepter que des
sujets possèdent des images d'enfants abusés sexuellement. Nous ne nous limiterons pas à l'examen de cette pédophilie, car elle s'inscrit dans le grand ensemble de la pornographie qui recule sans cesse ses limites. C'est toute une conception pervertie de la féminité qui explique ces horreurs. Après cette
présentation, nous comparerons les fondements éthiques de l'Occident et du
Japon. Nous finirons par un rapide examen de l'appréhension de certaines de nos
vertus dans ce pays.
Un tour d'horizon de l'archipel
La pornographie
et la sensualité sont prégnantes dans la culture nippone : lire un
magazine de « charmes » dans les transports public ne pose pas de
problème, par exemple. La femme depuis petite est vue comme un objet. La littérature
japonaise, très délicate quand elle n'est pas indécente, est aussi un
questionnement sur la différence homme-femme qui tourne quasiment à l'obsession
[maladive] culturelle pleine de mélancolie. L'appréhension de l'autre sexe ne
semblant pas s'être fait aussi bien qu'en Occident où elle n'est déjà pas
parfaite. Une littérature qui heureusement peut aussi se limiter positivement à
l'émerveillement face à l'amour.
Si l'on regarde
le statut de la femme (nous aborderons celui des fillettes juste après), juridiquement,
il semble, en fait, y avoir un malaise sur la question de sa place. La femme
n'est encore, traditionnellement qu'une « subordonnée sexuelle ». Ce
malaise est perceptible dans la Constitution qui doit
insister sur l'égalité entre l'homme et la femme, comme pour conjurer la tradition. Ainsi, l'article 24 qui
énonce le libre choix du conjoint et l'égale dignité des époux.
Les légendes
circulent en Occident sur l'institution de la geisha, mais la confusion entre
cette dernière et l'esclave sexuelle est un raccourci. Même si les services des
geisha peuvent aller au-delà du traditionnel rôle de dames de compagnie.
Néanmoins, même en s'arrêtant à la simple fonction traditionnelle de ces
femmes, on ne peut que se dire qu'il y a là un rapport particulier à la
féminité dans l'archipel : elle doit représenter l'inaccessible, voire
l'intact, tout en nourrissant l'imaginaire(1). Il en va de même des jeunes
adolescentes.
La majorité
sexuelle est fixée à 13 ans ; toutefois, une personne de plus de 17 ans ne
peut avoir de relations intimes avec un partenaire n'ayant pas encore atteint
17 ans. Cette précaution vise à prévenir la prostitution des écolières et
lycéennes. De fait, la jeune fille est presque idolâtrée pour sa vertu, comme
elle est un objet de fantasme. La parade consiste alors en la production de
revues proposant des dessins de jeunes filles, parfois des enfants.
Le droit
japonais ne réprime pas ces productions d'enfants virtuels contrairement, par
exemple à la loi américaine de protection qui interdit ce type d'images
digitales. Loi votée pour contrer la jurisprudence de
la Cour suprême fédérale qui affirmait qu'une précédente loi antipédophilie
visant la pédophilie virtuelle était inconstitutionnelle. Pour la Cour suprême l'argument selon
lequel la pédophilie virtuelle peut conduire à la pédophilie réelle infantile
virtuelle ne suffisait pas pour la prohiber. Ou encore contrairement à la loi allemande. Quant à la France, la Cour de cassation a précisé le sens de l'article 227-23 du Code pénal, en y intégrant les images
pornographiques d'enfants virtuelles. La Cour de cassation ainsi confirmé
l'arrêt d'une Cour d'appel qui avait retenu que « le délit est
constitué, dès lors que le personnage mis en scène, réel, virtuel ou
imaginaire, présente les traits d'un mineur, ou sa représentation, dans une
situation pornographique. »
Ce droit
japonais qui ne condamne pas les productions d'images virtuelles mêmes très
crues, autorise donc aussi la possession d'images pédophiles réelles.
Parallèlement à ces déviances, à l'instar des
femmes adultes par rapport aux hommes, les filles bénéficient juridiquement de
l'égalité avec les garçons. L'article 26 de cette loi fondamentale dispose que
« Chacun est tenu de donner aux garçons et aux filles, sans exception,
placés sous sa protection, l'enseignement élémentaire dans les conditions
prévues par la loi. » Cette insistance sur les droits des filles n'est pas
anodine dans ce pays. Cette Constitution, rappelons-le, a été adoptée sous la
pression des Américains au sortir de la guerre. C'est dire que le droit est en
décalage avec la société et que les lois n'expriment pas toute la quintessence
d'une Constitution d'origine occidentale et de fonds judéo-chrétien. Par
exemple alors que l'article 18 de la Constitution interdit la « sujétion
quelconque... [et] la servitude involontaire », la loi de 1999 sur la
prostitution et la pornographie autorise la détention de vraies images
pédophiles.
Profitant de cette contradiction des valeurs,
l'industrie du sexe est en terrain favorable au Japon. Contrôlée par la mafia,
elle est toujours en expansion, ce même si le Gouvernement essaie de saper la mainmise du syndicat du crime sur les
activités économiques dont fait partie la prostitution. L'administration
accordant des visas d'« artiste » pour les activités de danse
pornographique (55 000 en 2003), il faut bien parler d'une activité
économique de l'esclavage sexuel qui compte pour jusqu'à 3% de l'important PIB du Japon). L'importation de ces
femmes et enfants est en grande partie organisée par la mafia, ce avec la bénédiction-même de
certains Etat d'émigration, comme la Thaïlande qui voit ses ressortissantes d'âge
nubile participer activement à l'accroissement du PNB et des recettes
dans une très forte devise.
Si dans la réalité la femme est toujours traitée
un être de second rang, comme d'autres personnes(2) des êtres inférieurs, il
n'est pas étonnant que, par ailleurs, les enfants de moins de 17 ans soient
toujours l'objet de la convoitise, les mêmes conceptions demeurant. Ce d'autant
plus que la quête de la jeunesse est un rêve comme en témoigne le succès des Belles endormies de Kawabata. Il y a
dans cette orientation sociale une réelle différence avec l'héritage
judéo-chrétien de l'Occident, lequel malheureusement se perd.
Les fonds éthiques de l'Occident et du
Japon
La civilisation
occidentale a longtemps été modelée par le christianisme et, en dépit d'un fort
recul de la pratique religieuse, bien de ses valeurs imprègnent la société.
Pour le croyant, il s'agit non seulement de valeurs, mais également de vertus.
Les valeurs sont relatives et ce seul nom ne désigne pas la charge positive ou
négative d'une conception. On parle ainsi indifféremment des valeurs de droite
et de gauche même quand elles se contredisent. La vertu est une valeur, mais
une valeur non relative : si le partisan de tel bord politique ne peut
qu'admettre qu'une position contraire à la sienne est une valeur, il ne peut,
en revanche, pas la qualifier de vertu. Un exercice contraire serait
relativiste. C'est sous l'angle des vertus, « christiano-centré »
qu'il faut considérer cette différence entre l'héritage [à défaut de pouvoir
encore parler sérieusement de prégnance contemporaine du christianisme] de
l'Occident et la culture japonaise, ce
même au risque de sembler défendre l'impérialisme moral. Ce
« christiano-centrisme » est un choix certes arbitraire, mais dont
les valeurs qu'il promeut sont considérées comme des vertus par ceux qui, dans
le monde entier, aspirent au respect de la dignité humaine. Il s'agit donc d'un
point de comparaison arbitraire, mais universellement reconnu pour les vertus
qu'il propage(3). Ce point posé, nous pouvons confronter deux mondes dont les univers mentaux sont très différents en ce qui concerne notre sujet.
L'Allemagne fût la grande alliée du Japon durant la Guerre de 1939-45. Comme
lui, elle a commis l'Irréparable et l'Indicible. En matière d'abus sexuels, les
soldats de l'Empereur ont commis des horreurs, que
ce soit en Mandchourie ou en Indonésie, allant très loin dans le raffinement de
l'indélicatesse en vue de satisfaire leur curiosité « scientifique ».
L'armée nippone a peut-être employé jusqu'à 200 000 prostituées coréennes
forcées sous le nom de « femmes de réconfort ». Mais alors qu'une
grande partie du peuple allemand a reconnu ses crimes, ce jusqu'à l'un de
ses chancelier en son nom(4) et ne conteste pas l'Histoire, le Japon peine
toujours a admettre son passé. Ainsi, si Yohei Kono, le secrétaire en chef du
cabinet du Premier ministre, avait reconnu en 1993 le
rôle de la hiérarchie militaire dans ces crimes, le 26 août 2007, après
« enquête », le Premier ministre, Shinzo Abe, a affirmé que la
prostitution n'avait pas été contrainte. La réaction
de la Chambre
des représentants, aux Etats-Unis, a irrité le Japon encore bien imperméable à
cette reconnaissance.
L'Allemagne a été le premier Etat à inscrire dans
sa Loi fondamentale le principe
du respect de la dignité humaine. Plus encore elle justifie juridiquement
et préalablement cette mention par la repentance
devant Dieu. Ce qui a facilité cette prise de conscience allemande et
permis cette repentance, c'est le christianisme(5). S'il est une foi qui pose la
repentance comme une vertu, c'est celle dans le Dieu des religions
judéo-chrétiennes. Cette repentance est liée à la fois à la sainteté de Dieu
en présence duquel le péché doit disparaître et à la dignité du genre humain,
que la victime soit étrangère ou nationale, enfant ou adulte, homme ou femme. Car
la femme et l'enfant ne sont pas des êtres de second rang dans le
christianisme. Même pas quand elle est considérée comme une simple prostituée.
La littérature
biblique est riche de mentions de la bienveillance de Dieu envers la femme
considérée comme l'égale de l'homme en Christ. Il s'agit d'une opposition
entre le christianisme et les traditions des sociétés qui elles attribuent à la
femme un rôle d'accessoire(6). A certains religieux qui remerciaient Dieu de ne
pas être nés femmes, le Christ en profitait pour glisser que les prostituées [qui le reconnaîtraient] les
précèderaient au Paradis. Il s'agit presque d'un écho à la protection
accordée à la femme prostituée Rahab,
en Terre promise, femme mentionnée dans la généalogie
[civile] de Jésus.
Et concernant la
sexualité, la Bible
n'établit pas de prééminence de l'homme sur la femme, refuse cet égoïsme :
la sexualité est conjugale, c'est-à-dire exige un vis-à-vis
féminin établi sur le même plan que l'homme et non traité comme un objet,
qui a le droit de refuser. Un vis-à-vis qui peut attendre de son conjoint qu'il
se respecte lui-même, par exemple en restant fidèle et en ne
souillant pas le lit conjugal par une dégradation de son épouse. Car
l'homme qui ne respecte pas le corps de son épouse ne respecte pas son propre
corps, réduit à l'animalité.
Quant à
l'enfance, la Bible
exige le respect de son innocence et de sa dignité. Les parents se doivent de le
traiter ainsi. Et Dieu interdit aux Juifs de
sacrifier leurs enfants, car imiter les civilisations d'alentour serait une
abomination. Et le Christ menace
du châtiment divin qui toucherait à un enfant [innocent]. La candeur
de ces petits êtres est défendue par le Seigneur. Toute relation sexuelle entre
un enfant et un adulte est condamnée car l'enfant ne peut être traité comme un
objet. Même à supposer qu'il y consente, il n'a aucun recul, aucune maturité
pour comprendre toute la portée de l'acte.
Ainsi, l'absence
d'indignation au Japon suite à la vente par un père de photos de sa fillette
consentante à une revue, ne peut être justifiée même par la différence
culturelle : le christianisme pose le principe universel de la dignité
humaine et du respect de l'enfant. Etant un humain, assurant la relève des
générations, l'enfant dévoyé est le prélude à une humanité disloquée. Pour
cette raison au moins, le principe judéo-chrétien de respect de l'enfant devrait
être universel. Comme nous le verrons, cette extension sans enracinement dans
la foi chrétienne ne permet que de freiner les dérives apparentes, pas de
refonder les normes morales.
En comparaison, le
Japon shintoïste perméable à la propagation du bouddhisme importé au VIe siècle
qui n'a pas été sans interactions
avec le shinto, l'a peu été aux missions chrétiennes du XVIe. Cet amalgame
s'est fait en dépit du mépris affiché par les autorités du shintoïsme. Si les
Japonais pratiquent le shinto, ils complètent cette religion avec le bouddhisme
dans leur pensée sur la mort et l'au-delà, ressentant le besoin d'être rassurés
sur l'autre monde. En effet, la religion nationale est peu diserte sur ces
thèmes.
Le bouddhisme distingue deux types d'action : celles qui ont des conséquences positives (habiles) et celles qui ont des conséquences négatives (malhabiles). Ainsi, ces actions ne sont en elles-mêmes ni positives, ni négatives et c'est l'état d'esprit les portant qui compte. Même si les Japonais pratiquent le shinto, le souci de l'au-delà règle plus ou moins consciemment les actions. Comment le relativisme quant au bien et au mal ne peut-il prospérer à partir d'une telle conception moins normative que dans bien d'autres religions, dès lors que la pornographie ou la prostitution est quasiment consubstantiel à tout un pan de la tradition culturelle japonaise ? D'autant plus que cet amalgame entre bouddhisme et shintoïsme ne prend pas réellement en compte la place de la femme dans le bouddhisme meilleure que dans la religion japonaise, ce en dépit de tout ce qu'on reprocher au bouddhisme. Et à cet amalgame est joint tout le consumérisme japonais qui a permis l'explosion du commerce de la femme et de la pornographie, qu'elle soit pédophile, éphébophile ou concerne des adultes.
Le règlement de sa conscience, sa pensée, ses actes sur une espérance qui est absente de la pensée nippone, malgré le recours au bouddhisme, n'étant pas possible, il n'est pas étonnant que ces névroses et obsessions sexuelles trouvent là leur lit.
L'imposition au Japon d'une morale
d'origine chrétienne : le constat
Au préalable, il
faut nuancer le schéma : les civilisations chrétiennes n'ont pas toujours
été à la hauteur de l'exigence évangélique, loin s'en faut. Et concernant le sujet
traité, les maisons pour que les soldats américains aient des relations
sexuelles avec des prostituées sur l'archipel, sont un fait indéniable. Mais
non rattachable au christianisme qui condamne l'utilisation du prochain. Par
ailleurs, le christianisme affirme que des personnes n'ayant pas reçu les
commandements du Christ peuvent faire
le bien et chercher à règler leur vie sur une morale commune à l'humanité,
sans laquelle celle-ci n'aurait pu subsister longtemps. Il n'est pas question
de prétendre à une distinction manichéenne du monde entre les bons Occidentaux
et les horribles Japonais. La perversion a été contenue dans la civilisation
occidentale par le haut, par des normes, ce qui n'empêche pas que les pensées
pouvaient, même dans les nations les plus chrétiennes, être mauvaises. La Bible ne distingue pas,
devant Dieu, de conséquences entre, par exemple, entretenir des fantasmes
pédophiles et violer un enfant. L'intention, même non
assouvie, vaut l'acte. Il y a déjà le manque de respect de Dieu et de
l'autre. S'autoriser des exceptions,
c'est se mettre en situation de risque. La pornographie peut conduire au viol,
par exemple. Ce n'est donc pas l'action ou l'abstention, soumis(e) à la norme
étatique ou à la morale commune qui compte avant tout, mais le règlement
individuel des actes de chacun sur une bonne conscience. La loi ou la coutume
ne peut régir le for intérieur.
Après la guerre, les Américains ont confirmé les normes sur les bonnes
mœurs datant de l'ère Meiji prohibant la diffusion d'images licencieuses en
veillant sur le travail législatif de la Diète pour que la loi prenne en compte les
nouveaux supports de communication, tels que les films. Mais cette confirmation
vécue comme une imposition par l'autorité d'occupation a été assez rapidement
contournée. L'article 175 du Code pénal trace une frontière entre les bonnes
mœurs et l'obscénité, mais les juges se montrent de plus en plus laxistes. Une
morale chrétienne qui est propagée sans être accompagnée par sa signification,
si elle est utile, ne suffit pas à contenir les dérives.
Pour contourner la loi, les éditeurs ont développé le commerce des
images virtuelles. Jugées légales alors qu'elles engendrent de la frustration,
personne ne faisant sérieusement sa vie avec des images comme compagne.
Pourtant, l'article 175 réprime la vaine stimulation du désir.
De plus en plus et déjà avant ces images, le cinéma japonais avait
commencé à s'aventurer dans la pornographie jusqu'à son film culte de 1976, L'empire des sens. Cependant, la loi
étant encore assez sévèrement appliquée parfois, les promoteurs de la
pédophilie ont développé toute la littérature représentant des enfants
virtuels. Il est indéniable qu'il y a là le témoignage d'une quête de leur
virginité. Alors qu'un Job pouvait dire qu'il ne convoitait pas de jeunes filles, dans la culture nippone fantasmer sur des
enfants mêmes irréels n'est pas choquant. Et, sous cet angle, ces images ne
s'opposent pas à l'article 175 lu restrictivement, qui fait référence à la
norme morale communément acceptée. Autrement dit, si cela ne choque pas, il n'y
a pas de problème. Même si on se doute que ces images sont un palliatif pour
des adultes « curieux » des enfants. Job avait probablement compris
les raisons de l'obéissance à Dieu, alors qu'au Japon, la norme d'origine
chrétienne, même si elle confirme une norme impériale du XIXe siècle, n'est
qu'une norme incompréhensible par bien des adultes.
...Autant
les transgressions peuvent s'éloigner du Japon
Néanmoins, l'échec de cette imposition des droits de la femme comme du refus de la pornographie n'est pas total : tout
d'abord parce que le laxisme face à la loi ne s'impose pas d'un coup, mais surtout et plus
positivement, parce que les autorités commencent à réagir. Ainsi, en août 2007,
la police a perquisitionné dans les locaux du Nihon Ethics of Video Association
considérée comme peu sérieuse. Sans compter le fait qu'après avoir constaté que
les cas de harcèlement sexuel avaient triplé en huit ans selon les rapports de
police, dans certaines villes ont été mises en place des wagons réservés aux
femmes. Un esprit chagrin pourrait se demander s'il y a vraiment là un
progrès : traditionnellement la femme subordonnée de son père puis de son
mari est jalousement protégée des autres hommes. Mais une certaine prise de
conscience de sa valeur comme être humain peut avoir amené cette innovation. Considérée comme subordonnée, la femme était quand même vue comme un être humain et cette culture n'empêche pas, au fond, un père d'aimer sa fille, par exemple.
Enfin, les pressions internationales pourraient pousser le Japon à réprimer
même la possession à titre individuel de films pédophiles. Déjà en mai, le
gouvernement a déposé un projet de loi criminalisant enfin la possession de films pédophiles, mais il faudra attendre le vote à la Diète où le Parti Libéral
s'opposera au vote, pour voir si le Parlement est prêt ou non. Cependant, ces
tensions internes révèlent que cette évolution est plus le résultat d'une
globalisation et des interactions du Japon avec les autres Etats que d'une
véritable prise de conscience de la place normale de la femme et de l'enfant
dans la société. Même si l'Empire ne manque pas de sujets défendant la dignité
humaine, chrétiens ou non.
Le Japon est une grande nation, intelligente et même sensible dans
certaines de ses productions. Il semble incompréhensible qu'à côté d'une
écriture dépouillée, minérale et parfois comme en apesanteur, soit
juxtaposée toute la lourdeur d'une perversité qui se défend au nom de la
tradition et du relativisme. Mais il est vrai que l'intellect d'un peuple
n'assure pas la morale et le respect au détriment d'une partie de sa
population. La sensibilité dans la littérature japonaise trahit un certain
désarroi que ne peut combler ni la consommation de masse, ni l'inventivité des
ingénieurs en robotique qui s'évertuent à créer des robots qui pourraient
satisfaire les désirs intimes de leurs propriétaires. Mais au-delà du Japon -
et nos sociétés sont concernés -, toute civilisation qui évacue Dieu, finit par
évacuer la morale à laquelle elle ne trouve pas de support indépendant. Et
sa quête du bonheur comme du sens se fait de la manière la plus aisée :
par la satisfaction immédiates des désirs, lesquels gagnant parfois en perversité
peuvent conduire à y mêler les enfants, soit comme spectateurs, soit comme
participants.
Une société qui se pervertit, déforme ses enfants comme c'est de plus
en plus le cas en Occident. L'histoire biblique des enfants qui voulaient, comme les adultes,
abuser des visiteurs du
neveu d'Abraham ne doit pas étonner : l'enfant doit être préservé et s'il
ne l'est, il perd le sens du bien dont il a déjà, petit, le pressentiment. C'est le papillon de Tokyo à qui l'on coupe
les ailes et dont les sanglots s'entendent jusqu'en Occident.
(Jean Degert) CPDH -
12/08/08
(1)
Même
les nouvelles « geisha » du petit écran doivent veiller à leur
image : ainsi une animatrice d'une chaîne de télévision a été licenciée
après avoir été surprise, un verre à la main avec un sportif dans un hôtel. Il
s'agit encore là d'un témoignage du profond décalage entre le fantasme d'une
femme immaculée et celui de son utilisation.
(2) Les membres de l'ancienne caste des Eta (les Burakumin) sont encore
considérés comme étant des êtres inférieurs
(3) En dépit des attaques systématiques et médiatisées sur le
« moralisme impérialiste » occidental en matière de droits de l'homme
de la part de ceux qui, remplis d'une haine de soi en tant qu'Occidentaux et
qui pensent mieux savoir qu'un Chinois ou un Saoudien s'il a raison ou non de
souhaiter plus de liberté, il n'en reste pas moins que les peuples aspirent
toujours à une reconnaissance de leur dignité au moins en tant que communauté
(conflits d'indépendance, par exemple, mais aussi révolutions).
(4) Précisons que le futur Chancelier Brandt avait combattu les troupes de
son propos pays sous ce pseudonyme qui lui a été légalement reconnu par la
suite.
(5) Ainsi quand des potentats de certains pays exigent de l'Occident qu'il se
repente, à tort ou à raison, ils manient un concept d'origine chrétienne.
(6) Signalons que concernant le
catholicisme, la question que se serait posé Rome sur le fait de savoir si la
femme a ou non une âme est un mensonge qui sert à
nuire au christianisme en général.
Voir et lire :
-
Confession
d'un tueur
-
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