Un résident de l'Oregon s'est vu notifier par courrier le refus de la Caisse d'assurance maladie
de lui rembourser
ses dépenses de chimiothérapie. Il lui a, en revanche, été proposé de se faire
euthanasier au frais de cet Etat fédéré.
L'administré est un malade de 53 ans, atteint d'un cancer avancé de la
prostate. Ne disposant pas de mutuelle, il pensait bénéficier du plan
d'assurance maladie de l'Etat. Mais les services administratifs de son comté
l'ont informé du refus de prendre en charge une chimiothérapie trop onéreuse par
rapport au sursis qu'elle permettrait.
D'autres malades du cancer ont reçu le même courrier qui se réfère aux
directives prises en applications d'une loi disposant qu'il faut avoir plus
de 5% de chances de vivre encore au moins 5 ans. Ainsi une résidente atteinte
d'un cancer du poumon avait appris qu'elle bénéficierait d'une couverture médicale concernant les soins et
le confort si elle... choisissait le suicide
assisté. En effet, quelques traitements ne sont pas remboursés alors que l'euthanasie
est prise en charge par les caisses d'assurance maladie. Heureusement pour
cette femme, une compagnie pharmaceutique lui a promis des médicaments
gratuits.
Selon un avocat et auteur californien, ce système est hypocrite et ces
propositions s'inscrivent dans la théorie des soins futiles qui trouve ses
racines dans une prétendue compassion.
La loi dont procèdent ces directives est une loi issue d'un processus
d'initiative populaire. En Oregon, les citoyens peuvent proposer des referenda
et, en 1994, l'Oregon est devenu la première zone autorisant le suicide
médicalement assisté, dans le monde(1)
Pourtant, cette loi se présentait comme équilibrée, laissant la liberté à
chacun et encadrant strictement l'assistance au suicide. Ainsi, dans le cas où
la lucidité d'un patient qui demande la mort est mise en doute, sa demande
doit être examinée par un psychologue ou un psychiatre. Ces cas d'actualités sont pourtant
bien loin de ce prétendu esprit de compassion et de contrôle : des malades
qui ne veulent pas mourir sont enjoints d'en finir avec la vie. Certes ils
peuvent refuser, mais alors leurs soins lourds et coûteux ne sont pas
remboursés. Cela peut inciter un assuré à préférer la mort au bout d'un certain
temps.
C'est bien là le problème du
vote des lois sous le coup de l'émotion, notamment en matière de vie et de
mort. La médiatisation de certaines souffrances amène les citoyens à conjurer
la maladie en supprimant le malade par prétendue charité. Cette nouvelle
« ère des bons sentiments » n'a rien à voir avec celle, prospère, du
Président Monroe : il s'agit cette fois-ci d'une bonté qui cache en
réalité de l'indifférence et de l'égoïsme. Une prétendue bonté qui sous-tendue
par une vue réduisant la vie humaine à un état de confort plus ou moins
acceptable amène à une décadence de plus en plus marquée. Ainsi, la vie n'a
plus qu'une valeur marchande et le malade est prié de ne pas faire preuve
d'égoïsme en refusant de mourir. Il lui est proposé, comble du cynisme, de
mourir dans un certain confort remboursé par l'assurance maladie. Autrement
dit, tout serait fait pour son bien et lui faciliter la mort. Cette précision
semble servir à « humaniser » le meurtre et à délégitimer le refus du
suicide assisté.
Il y a là une idéologie
effrayante qui veut que l'individu, se résume à un consommateur matérialiste,
et dont la conséquence est que le citoyen a des devoirs comptables envers sa
cité. Si le sacrifice de sa vie pour défendre sa nation est respectable et
admirable, se suicider pour ne pas être une bouche en trop pour la société est
autre chose.
Les promoteurs de
l'euthanasie aux Etats-Unis s'appuient sur deux points juridiques bien douteux :
l'égalité des citoyens et leur liberté issus d'une interprétation large
des, respectivement, XVe, Ve et
XIVe amendements. Selon eux, les malades incapables de se suicider ne sont pas dans une
situation d'égalité avec ceux qui peuvent se supprimer. Mais la Cour suprême fédérale a cassé
les arrêts de cour de l'Etat de New York et de celui d'une cour d'appel fédérale
qui retenaient notamment ces arguments, par deux décisions, respectivement Vacco v.
Quill et Washington
v. Glucksberg. Ce n'est pas le rôle de l'Etat d'administrer ou d'autoriser l'euthanasie
soi-disant pour compenser les inégalités. Si l'Etat ne réprime pas le suicide,
il ne peut en revanche l'encourager. Sa mission est la préservation de la
société et non sa suppression. Ouvrir la porte mènerait à autoriser dans tous
les états fédérés ce qui se passe en Oregon : de facultatif, l'euthanasie
deviendrait, dans de plus en plus de cas, quasiment obligatoire.
Néanmoins les promoteurs de
l'euthanasie ne désarment pas, notamment dans les Etat des côtes Est et Ouest (Vermont, Maine, Californie)
qui sont plus libéraux, sans compter Hawaii et le Michigan. On l'a vu dans le
cas de celui de Terry
Schiavo, cette femme dans le coma, euthanasiée sans l'avoir demandé. Les
techniques sont les mêmes qu'en France et dans les autres pays
occidentaux : surmédiatisation, manipulation des émotions et déformation
de la vérité.
Pour faire écho à une étude menée
dans 70 universités et qui révèle un assez fort pourcentage de tentatives de
suicide, faut-il craindre un jour
l'euthanasie des étudiants en Oregon qui souffriraient de pensées de suicide au
motif que cela serait plus confortable pour eux ? Tout cela au nom d'une
prétendue compassion...
(Jean
Degert) CPDH - 19/08/08
(1) Oregon
Death with Dignity Act, 1995 or. Laws ch.3. Votée avec 51% des voix le 8 novembre
1998 et devant entrer en vigueur un mois jour pour jour après, mais suspendue
par la Cour
suprême fédérale jusqu'en 1997 et un second référendum largement perdu par les
pro-vie (60 contre 40%).