La campagne pour l'élection présidentielle
américaine a pris un tournant à la fin du mois d'août : on connaît
désormais les colistiers des deux principaux candidats au Bureau ovale. Le
candidat démocrate, Barack H. Obama, a choisi le sénateur Joseph R. Biden comme
éventuel vice-président le 23 août et, 6 jours après, le candidat républicain,
John McCain, a annoncé qu'il formait un ticket avec le gouverneur de l'Alaska,
Sarah L. Palin.
Un des angles de
la campagne électorale américaine suscite l'incompréhension, si ce n'est
l'hilarité, de nos médias qui y voient un débat de rednecks
: il s'agit de la place du débat sur la foi et sur les enjeux éthiques. Les
deux grands candidats, ainsi que leurs colistiers, se présentent comme
chrétiens(1). A défaut de comprendre l'importance que revêtent ces questions
pour les Américains, les médias français devraient se réjouir d'une telle liberté
de débat sur ces sujets.
Au lieu de cela,
ils semblent penser pouvoir influencer le vote en faveur du candidat qu'ils se
sont désignés. Ainsi Le Nouvel
Observateur a proposé un sondage tronqué et complètement orienté en
faveur de Barack Obama.
George H. Bush avait perdu l'élection en 1992
face à William J.-B. Clinton parce qu'il n'avait pas jugé utile de se
positionner sur les questions d'éthiques. Il se serait ainsi aliéné une
importante frange de l'électorat chrétien.
Cette fois-ci, la campagne a largement abordé ces
thèmes : les prétendants
à l'investiture du Parti républicain ont été les plus visibles sur ces
questions, nombre d'entre eux défendant des choix pro-vie. Ainsi l'ancien gouverneur
de l'Arkansas, Michael D. Huckabee, également ancien pasteur baptiste, s'est
montré très
ferme sur les questions du mariage homosexuel et de l'avortement : « La Bible n'a pas
été écrite pour être amendée, la Constitution des Etats-Unis si. »,
n'a-t-il pas hésité à dire. Le très populaire Fred D. Thompson a reçu l'appui
de la très puissante National Right to
Life, plus grand groupe pro-vie. Willard M. Romney, ancien gouverneur du Massachussets, s'est aussi affirmé comme
opposé au mariage homosexuel et défenseur de la vie (anti-IVG, refus des recherches sur les cellules souches).
Mais le libertarien Ronald E. Paul,
opposé à l'avortement et à l'euthanasie, ne s'est pas opposé aux unions
homosexuelles et n'a pas condamné la recherche sur les cellules souches. Il
avait même pris le contrepied du président Bush sur ce point. L'ancien maire de
New York Rudolph W.-L. Giuliani s'est montré le plus libéral de tous les
républicains : il a défendu l'avortement, la recherche sur les cellules
souches et les unions civiles homosexuelles.
C'est finalement John McCain, père adoptif d'une fillette du Bangladesh,
qui a remporté l'investiture du Grand Old Party. Après une période
d'hésitation, John S. McCain a commencé à conquérir l'électorat évangélique et
catholique en avançant ses positions pro-vie et son refus du mariage
homosexuel. Il se refuse toutefois à parler d'amendement à la Constitution pour
interdire le mariage gay et n'est pas défavorable à la recherche sur les
cellules souches, mais s'est engagé à respecter les acquis de l'actuel
président sur ces points. Il s'engage également à nommer si possible des juges pro-vies à la Cour suprême pour infirmer la jurisprudence Roe v. Wade qui a légalisé l'avortement(2).
Les candidats
démocrates se sont moins engagés dans le débat sur les sujets éthiques. Les
deux principaux candidats ont semblé veiller à se prononcer le moins possible
sur l'avortement. Hillary Rh. Clinton comme Obama se sont présentés comme défenseurs
du droit d'avorter au motif qu'ils n'auraient pas la compétence pour
trancher à la place des femmes. Tout en s'affirmant opposé à l'IVG, Obama dit ne pas vouloir imposer ses conceptions en la matière et estime que si ses
filles tombaient enceintes adolescentes, il ne les punirait pas en les laissant avoir un bébé.
Les deux candidats ont eu l'occasion de passer un
grand oral sur ces sujets dans une megachurch, chacun y a réaffirmé ses
positions. McCain en s'affichant comme un futur
président pro-vie a séduit les chrétiens. Il restait aux deux protagonistes
à faire leur choix quant au vice-président.
Barack Obama a choisi Joe Biden, un sénateur
présenté comme catholique, et John McCain, Sarah Palin, une protestante
évangélique. La colistière de John McCain est un farouche défenseur de la
vie ; en témoigne l'enfant
trisomique qu'elle a choisi de mettre au monde plutôt que d'avorter.
Monsieur Biden, s'il
se dit catholique, n'est pas opposé à l'avortement et tente de justifier sa
position en convoquant Thomas d'Aquin qui pensait que l'âme n'apparaissait qu'après
40 jours chez le fœtus. Il s'agit pour le moins d'une réduction de la pensée de
l'Aquinate, lequel était malgré tout contre l'avortement. Il semblerait que le
gain de voix catholiques escompté grâce au choix de Joseph Biden ne se fasse
pas, cet électorat se reportant sur John McCain.
Un des derniers avatars de cette campagne est la
grossesse de la fille de Sarah Palin, une mineure célibataire que certains
opposants ont qualifié de résultat de l'hypocrisie du gouverneur de l'Alaska.
Madame Palin aurait pu leur répondre par ce
verset de la Parole : « On
ne dira plus : les pères ont mangé des raisins verts, les dents des
enfants ont été agacés. » qui l'exonère aussi des erreurs de sa fille.
Le camp républicain et les organisations pro-vie ont salué le choix de la jeune
femme de garder son enfant et d'épouser le père de ce dernier. L'Amérique aime
aussi les belles histoires, même quand elles commencent mal. Elle aura son
épilogue dans moins de deux mois.
(Jean
Degert) CPDH - 09/09/08
(1)
Le récent mot
de Barack Obama sur sa « foi
musulmane » ne veut pas dire qu'il pratique l'islam. Il faut
comprendre ce propos comme signifiant « ma supposée foi musulmane ».
(2)
La nomination d'un juge à la Cour suprême dépend de deux conditions : la vacance d'un poste et le consentement du Sénat. Néanmoins on pourrait imaginer qu'en l'absence de vacance, le Congrès crée un poste supplémentaire.