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  • ETATS-UNIS – Les choix éthiques des candidats à l'élection présidentielle
    Posté le Mardi 09 septembre 2008 @ 21:30:00 par CPDH

    Politique

    La campagne pour l'élection présidentielle américaine a pris un tournant à la fin du mois d'août : on connaît désormais les colistiers des deux principaux candidats au Bureau ovale. Le candidat démocrate, Barack H. Obama, a choisi le sénateur Joseph R. Biden comme éventuel vice-président le 23 août et, 6 jours après, le candidat républicain, John McCain, a annoncé qu'il formait un ticket avec le gouverneur de l'Alaska, Sarah L. Palin.

    Un des angles de la campagne électorale américaine suscite l'incompréhension, si ce n'est l'hilarité, de nos médias qui y voient un débat de rednecks : il s'agit de la place du débat sur la foi et sur les enjeux éthiques. Les deux grands candidats, ainsi que leurs colistiers, se présentent comme chrétiens(1). A défaut de comprendre l'importance que revêtent ces questions pour les Américains, les médias français devraient se réjouir d'une telle liberté de débat sur ces sujets. Au lieu de cela, ils semblent penser pouvoir influencer le vote en faveur du candidat qu'ils se sont désignés. Ainsi Le Nouvel Observateur a proposé un sondage tronqué et complètement orienté en faveur de Barack Obama.

    George H. Bush avait perdu l'élection en 1992 face à William J.-B. Clinton parce qu'il n'avait pas jugé utile de se positionner sur les questions d'éthiques. Il se serait ainsi aliéné une importante frange de l'électorat chrétien.

    Cette fois-ci, la campagne a largement abordé ces thèmes : les prétendants à l'investiture du Parti républicain ont été les plus visibles sur ces questions, nombre d'entre eux défendant des choix pro-vie. Ainsi l'ancien gouverneur de l'Arkansas, Michael D. Huckabee, également ancien pasteur baptiste, s'est montré très ferme sur les questions du mariage homosexuel et de l'avortement : « La Bible n'a pas été écrite pour être amendée, la Constitution des Etats-Unis si. », n'a-t-il pas hésité à dire. Le très populaire Fred D. Thompson a reçu l'appui de la très puissante National Right to Life, plus grand groupe pro-vie. Willard M. Romney, ancien gouverneur du Massachussets, s'est aussi affirmé comme opposé au mariage homosexuel et défenseur de la vie (anti-IVG, refus des recherches sur les cellules souches). Mais le libertarien Ronald E. Paul, opposé à l'avortement et à l'euthanasie, ne s'est pas opposé aux unions homosexuelles et n'a pas condamné la recherche sur les cellules souches. Il avait même pris le contrepied du président Bush sur ce point. L'ancien maire de New York Rudolph W.-L. Giuliani s'est montré le plus libéral de tous les républicains : il a défendu l'avortement, la recherche sur les cellules souches et les unions civiles homosexuelles.

    C'est finalement John McCain, père adoptif d'une fillette du Bangladesh, qui a remporté l'investiture du Grand Old Party. Après une période d'hésitation, John S. McCain a commencé à conquérir l'électorat évangélique et catholique en avançant ses positions pro-vie et son refus du mariage homosexuel. Il se refuse toutefois à parler d'amendement à la Constitution pour interdire le mariage gay et n'est pas défavorable à la recherche sur les cellules souches, mais s'est engagé à respecter les acquis de l'actuel président sur ces points. Il s'engage également à nommer si possible des juges pro-vies à la Cour suprême pour infirmer la jurisprudence Roe v. Wade qui a légalisé l'avortement(2).

    Les candidats démocrates se sont moins engagés dans le débat sur les sujets éthiques. Les deux principaux candidats ont semblé veiller à se prononcer le moins possible sur l'avortement. Hillary Rh. Clinton comme Obama se sont présentés comme défenseurs du droit d'avorter au motif qu'ils n'auraient pas la compétence pour trancher à la place des femmes. Tout en s'affirmant opposé à l'IVG, Obama dit ne pas vouloir imposer ses conceptions en la matière et estime que si ses filles tombaient enceintes adolescentes, il ne les punirait pas en les laissant avoir un bébé.

    Les deux candidats ont eu l'occasion de passer un grand oral sur ces sujets dans une megachurch, chacun y a réaffirmé ses positions. McCain en s'affichant comme un futur président pro-vie a séduit les chrétiens. Il restait aux deux protagonistes à faire leur choix quant au vice-président.

    Barack Obama a choisi Joe Biden, un sénateur présenté comme catholique, et John McCain, Sarah Palin, une protestante évangélique. La colistière de John McCain est un farouche défenseur de la vie ; en témoigne l'enfant trisomique qu'elle a choisi de mettre au monde plutôt que d'avorter. Monsieur Biden, s'il se dit catholique, n'est pas opposé à l'avortement et tente de justifier sa position en convoquant Thomas d'Aquin qui pensait que l'âme n'apparaissait qu'après 40 jours chez le fœtus. Il s'agit pour le moins d'une réduction de la pensée de l'Aquinate, lequel était malgré tout contre l'avortement. Il semblerait que le gain de voix catholiques escompté grâce au choix de Joseph Biden ne se fasse pas, cet électorat se reportant sur John McCain.

    Un des derniers avatars de cette campagne est la grossesse de la fille de Sarah Palin, une mineure célibataire que certains opposants ont qualifié de résultat de l'hypocrisie du gouverneur de l'Alaska. Madame Palin aurait pu leur répondre par ce verset de la Parole : « On ne dira plus : les pères ont mangé des raisins verts, les dents des enfants ont été agacés. » qui l'exonère aussi des erreurs de sa fille. Le camp républicain et les organisations pro-vie ont salué le choix de la jeune femme de garder son enfant et d'épouser le père de ce dernier. L'Amérique aime aussi les belles histoires, même quand elles commencent mal. Elle aura son épilogue dans moins de deux mois.

    (Jean Degert) CPDH - 09/09/08

    (1) Le récent mot de Barack Obama sur sa « foi musulmane » ne veut pas dire qu'il pratique l'islam. Il faut comprendre ce propos comme signifiant « ma supposée foi musulmane ».

    (2) La nomination d'un juge à la Cour suprême dépend de deux conditions : la vacance d'un poste et le consentement du Sénat. Néanmoins on pourrait imaginer qu'en l'absence de vacance, le Congrès crée un poste supplémentaire.

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