Le 11 septembre 2008, un cardinal canadien a rendu sa distinction nationale pour protester contre la
promotion honorifique de l'IVG. Le docteur Morgentaler, un médecin généraliste
qui s'est spécialisé dans la pratique de l'avortement et a milité pour sa
dépénalisation s'est vu décerner l'Ordre du Canada le 1er
juillet 2008. Ce médecin a été récompensé par la plus
haute distinction fédérale qui cautionne par cette distinction,
normalement réservée à un apport à la société, un combat pour l'individualisme.
Henry Morgentaler, pourtant survivant de la Shoah, a été
médecin généraliste pendant une vingtaine d'années avant de militer activement
en faveur de l'avortement qu'il a commencé à pratiquer en 1969. Deux affaires
d'avortement l'ont amené devant la justice, mais
la dernière a été l'occasion pour la Cour suprême du Canada de décriminaliser l'IVG. Dans leur opinion majoritaire, les
juges ont mis en avant la sécurité de la femme enceinte(1).
Cette nomination tranchant avec les autres qui
ont jusque là fait l'objet d'un consensus, coïncide avec la campagne des
élections législatives anticipées demandées par le Premier ministre, Stephen
Harper. Le rapport s'arrête là, M. Harper ayant pris cette décision le 7 septembre alors que l'annonce de
la nomination du docteur Morgentaler a été faite le 1er juillet, il
n'y a pas de volonté d'influencer la campagne. Néanmoins, cette nomination ne
manque pas d'interroger alors que le Parti conservateur est en passe de remporter
les élections du 14 octobre prochain(2). Le parti de Stephen Harper, un protestant
évangélique pratiquant, tente d'accorder
un statut protecteur à l'embryon et à la femme enceinte victime d'un délit.
Le Chef du Gouvernement a d'ailleurs désapprouvé cette distinction.
Si l'avortement est décriminalisé, nous pouvons
toujours nous demander en quoi il mérite d'être honoré. Il a été dépénalisé, ce
qui est différent d'une légalisation qui l'aurait consacré comme un droit. La
décriminalisation supprime les poursuites pénales sans créer de droit à l'IVG.
Dès lors dans cette logique, il est étonnant de voir un comité national
labelliser des pratiques tolérées. Voudrait-on les voir légalisées, on ne s'y
prendrait pas autrement.
En France, la figure emblématique de la dépénalisation de l'avortement,
Simone Veil, devrait être élue
le 20 novembre 2008 à l'Académie française. Il n'y a pour le moment pas de concurrent
pour prendre un fauteuil à sa place
parmi les Immortels.
(Jean Degert) CPDH -
23/09/08
(1) L'un des juges majoritaires
affirmait dans une opinion concurrente que l'article contesté dans le
« Code criminel enlève une décision
personnelle et privée à la femme pour la confier à un comité qui fonde sa
décision sur "des critères totalement sans rapport avec ses [celles de la
femme enceinte] propres priorités et aspirations." » En revanche deux
des juges énonçaient dans une opinion dissidente que « Les tribunaux
doivent s'en tenir aux valeurs démocratiques qui sont clairement énoncées dans
la Charte et s'abstenir d'imposer ou de créer des droits sans fondement
identifiable dans la Charte. La Cour ne peut définir un droit d'une façon qui
n'a aucun rapport avec l'intérêt [, la sécurité de la femme enceinte,] que le
droit en question est destiné à protéger. »
(2) Les Canadiens voteront probablement en faveur du Parti conservateur,
mais il ne s'agit pas tant d'une adhésion à ses valeurs morales que d'un doute
sur les capacités du Parti libéral à diriger le pays.