Obama oriente l’Amérique vers une atteinte accrue à la vie

Date : Lundi 26 janvier 2009 @ 20:24:00 :: Sujet : Politique

Le symbole est parlant, le Président Barack H. Obama a prêté serment une seconde fois, mais sans la Bible utilisée par le Président Lincoln qu'il avait choisie, sans aucune Bible. La seconde prestation faisait suite à une erreur commise lors de la première. Pour le nouveau capitaine de l'Amérique, seule la seconde vaudrait, c'est ce qui ressort de ses justifications. Juridiquement, cette erreur ne prête pourtant nullement à conséquence, contrairement à ce que prétend vouloir éviter Obama. Cet avocat formé à l'école de Chicago dont les juristes sont connus pour leur habileté tactique, avait peut-être une idée en demandant cette seconde prestation, seule valable pour lui, sans la Bible. Mais il peut aussi n'y avoir aucune raison morale. Le symbole est en tout cas là : le Président n'appliquera pas une politique en faveur du respect de la vie ; il vient de signer un décret favorisant l'aide américaine aux activités de planification des naissances par l'avortement à l'étranger. D'autres mesures devraient suivre concernant uniquement les Etats-Unis. A Washington, la prise de décrets dès les premiers jours de la présidence sert à donner l'orientation de la politique d'un nouveau dirigeant.

Le Président Reagan avait, en son temps, instauré la « politique de Mexico » qui prohibait le subventionnement d'organisations promouvant l'avortement. La règle de Mexico valant même si les activités pro-IVG étaient financées par des sources privées, l'administration Reagan et Bush Sr refusait toute assistance financière à ces organisations, même pour des activités sans rapport avec l'avortement. La politique de Mexico tire son nom d'une Conférence sur la population organisée sous l'égide de l'ONU en 1984 dans la capitale mexicaine.

Le Président Clinton revint sur la mesure, mais le Président George W. Bush la réinstaura. Barack Obama avait affirmé durant sa campagne qu'il lèverait ces interdictions au nom du droit des femmes à décider ce qui serait le mieux pour elles, tout en disant qu'il n'approuvait pas l'avortement. L'ambigüité du propos était censée rassurer et les féministes et les défenseurs de la vie. Financer ces mesures à l'échelle internationale est un prélude, avant de signer, comme promis, l'éventuelle loi dite « Foca » (Freedom of Choice Act) qui vise à empêcher les Etats fédérés de limiter les possibilités de recours à l'avortement, à défaut pour eux de pouvoir l'interdire. L'administration Obama devrait également prendre des décrets en faveur de la recherche sur l'embryon.

Pour aller plus loin...

Barack Obama aime les symboles. Il se réfère au républicain Abraham Lincoln qui a aboli l'esclavage. Ainsi, il a fait le choix de prêter son premier serment sur la même Bible que « le Juste ». Comme lui, il a représenté l'Illinois, le premier en tant que député, le second comme sénateur. Comme lui, Obama est avocat de formation. Comme lui, il se réfère à Dieu. Mais contrairement à Lincoln, Obama a fait le choix de mener une politique attentatoire à la dignité humaine.

En signant l'ordonnance favorisant le financement d'activités abortives à travers le monde, le nouveau capitaine se met en opposition avec un autre grand président américain aussi lié à l'Illinois, Ronald Reagan, natif de cet Etat.

Le nouveau dirigeant de l'Amérique entend aller vite : il devrait bientôt autoriser le financement de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, rejeté par son prédécesseur. Il devrait également approuver la loi Foca si elle venait à être votée. Les démocrates disposant de la majorité dans les deux chambres, le projet risque de passer.

Il s'agit d'un texte déposé en janvier 2004 devant la Chambre des Représentants et devant le Sénat. Sa prétention est de codifier l'arrêt Roe versus Wade rendu par la Cour suprême fédérale en 1973, qui fait du droit à l'avortement un droit fondamental. De droit, les Etats fédérés seraient soumis à cette législation, alors que, actuellement, ils peuvent la contourner. La jurisprudence Roe v. Wade a été limitée par un autre arrêt de la Cour suprême fédérale concernant le Missouri en 1989, l'arrêt Webster vs reproductive health services : L'Etat du Missouri avait adopté une loi reconnaissant que la vie de chaque personne débute à sa conception, et reconnaissait des droits aux enfants qui n'avaient pas encore vu le jour. Le texte interdisait notamment le soutien financier public aux activités abortives et la participation de médecins employés par l'Etat à des IVG, sauf dans le cas où le fœtus était non viable ou sa mère courait un risque si elle menait la grossesse à terme. La Cour suprême de l'Etat confirma la loi, et la Cour suprême fédérale jugea ces restrictions constitutionnelles puisque l'avortement n'était pas totalement interdit. Depuis, dans divers Etats, des pétitions ont été lancées ou les autorités ont proposé aux citoyens des textes en vue de restreindre les possibilités de recours à l'avortement. Au total, différents Etats ont voté 487 lois restreignant les conditions de l'IVG, dont 33 exigent une autorisation parentale pour les mineures. Le dernier vote sur la question a cependant vu l'échec des pro-vie dans le Dakota du sud pour la seconde fois, après celui de 2006.

Si le Président Obama signe le Foca, les différents Etats américains seraient tenus de faire du droit à l'avortement un droit supérieur à celui de leurs législations pro-vie. Les organismes privés compétents en matière de santé ne pourraient s'opposer à la pratique de l'IVG, les hôpitaux privés chrétiens sont concernés. Reste à savoir si la version définitive de la loi les y contraindrait. Les mineures seraient dispensées de l'autorisation parentale, l'avortement tardif jusqu'à la veille de la naissance devrait être autorisé, ou encore l'avortement par naissance partielle. Cette dernière opération consiste à perforer la tête du fœtus et à aspirer son cerveau pour faciliter sa sortie, et surtout éviter qu'il ne soit encore vivant une fois extrait. En 2007, la Cour suprême fédérale avait validé une loi fédérale de 2003 interdisant cette technique. (Les dispositions de la loi sont enregistrées sous le titre de l'United States Code qui concerne les crimes.) Les contribuables seraient tenus de financer ces mesures.

Le poète Walt Whitman célébrait Lincoln qui avait réussi à éviter la sécession : « Poussière est à présent celui qui fut l'homme, doux, simple, juste, résolu, dont la main avisée s'opposa aux crimes les plus ignobles jamais commis en aucun lieu ni âge, sauvegardant ainsi l'Union de nos Etats.(1) » La politique d'Obama sur l'enfant à naître, ressemble de manière asymétrique à ce drame de l'Union : les Etats esclavagistes avaient lancé les hostilités contre l'Union dès l'élection de Lincoln ; dès son investiture le Président Obama confirme qu'il restreindra le droit des Etats à protéger la vie. L'Union n'est plus menacée, mais il s'agit là d'une grave offense politique à l'endroit des Etats pro-vie.

Par ailleurs, Barack Obama devrait prendre un décret pour autoriser le financement des recherches sur les cellules souches embryonnaires. John Podesta, chef de son équipe de transition, a expliqué en novembre que Barack Obama allait réorienter la politique scientifique en la matière par décrets présidentiels sitôt après son investiture. Selon l'équipe Obama, la gestion de ce pan du dossier de bioéthique par G.-W.Bush se serait faite de manière « agressive » et contre « l'intérêt du pays ». Au cours de son discours, le Président a sous-entendu la recherche sur l'embryon en parlant de développer la science : « Nous redonnerons à la science la place qu'elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.[§] Nous dompterons le soleil, le vent et le sol [...] Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons. » Dans son recueil de poésie, Walt Whitman oppose implicitement un dirigeant ambitieux à Abraham Lincoln. A l'homme vaniteux, le poète annonce : « Tout ce que tu es en train de faire et dire sont des mirages qui pendent au nez de l'Amérique, tu n'as rien appris de la Nature - n'as tiré aucune leçon politique de sa grande amplitude, rectitude ou impartialité, n'as pas vu que c'étaient les seuls besoins réels de l'Amérique et que toute contribution inférieure à cela serait tôt ou tard rejetée par l'Amérique.(2) »

Barack Obama, en ne prêtant pas serment une seconde fois sur la Bible ayant servi au Président Lincoln, est dans cette image d'un président bien différent du grand capitaine célébré par Whitman, capitaine auquel il se réfère. Il n'a rien appris de la Nature qu'il veut dompter, l'idée d'une loi naturelle défendue par des magistrats américains au XIXe siècle (due process of law), du respect de la vie, ne semble pas le perturber. Pourtant la Bible sur laquelle il avait prêté son premier serment mentionne les leçons de la Nature qui conduisent à la sagesse : « Ce qu'on peut connaître de Dieu est évident pour eux, puisque Dieu le leur a fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient depuis la création du monde, elles se comprennent par ce qu'il a fait. Ils sont donc inexcusables » (Romains 1:19-20)

La science n'a pas apporté de preuves de progrès dus à la recherche sur l'embryon, et en avril 2008, la Food and Drug Administration (FDA) avait conditionné la recherche sur l'embryon à la présentation de « preuves particulièrement solides » de l'efficacité des traitements, des réalisations et de l'importance des découvertes réalisés à partir de ces cellules souches. Cependant, la FDA vient d'autoriser le premier essai clinique pour une thérapie à partir de cellules souches embryonnaires dérivées. Alors qu'une équipe américaine menée par le biologiste Thomson, natif de l'Illinois représenté par Obama au Congrès, a réussi à transformer des cellules de peau en cellules souches(3).

Les enjeux éthiques ont été débattus au cours de la campagne électorale, chacun des grands candidats s'efforçant de se montrer le plus proche des positions pro-vie. La tension était quasi inexistante entre le programme de John McCain et les attentes des défenseurs de la vie ; le républicain s'opposait à l'avortement et si, à titre personnel, il ne rejetait pas la recherche sur les cellules souches embryonnaires, il s'engageait néanmoins à ne pas la promouvoir. En revanche pour Barack Obama, la tension était indéniable entre son programme et sa volonté de courtiser l'électorat chrétien : l'homme avait même dit qu'il considérait que si sa fille tombait enceinte, il ne voudrait pas qu'elle soit punie en ayant un bébé. La position du candidat démocrate était connue. Des chrétiens ont choisi de voter pour lui, en raison de son engagement sur d'autres questions éthiques d'ordre social importantes, notamment la couverture maladie. Si cette motivation peut se comprendre, il est en revanche difficile d'imaginer, même en ces temps troubles où brûlent les bûchers des vanités financières, que ces préoccupations sociales priment sur les considérations liées à la défense de la vie.

Ces diverses mesures doivent intervenir dans un contexte où l'avortement est en baisse, selon un rapport en 2008 des Centers for disease control and prevention. Les Etats ont développé des alternatives à l'IVG, des conseils ont été proposés aux femmes enceintes dans la détresse, ou encore quasiment tous les Etats ont voté des lois en faveur de l'accueil de nouveau-nés dont les mères se sentent incapables de s'occuper. L'administration Obama ne souhaite pas en tirer des leçons, bien au contraire, les partisans du planned parenthood (planning familial) y sont largement représentés.

Barack Obama qui prend Lincoln en exemple, n'est pas sans ignorer qu'avec la politique niant la dignité des embryons et fœtus humains, le grand président aurait peut-être été supprimé avant sa naissance. Lincoln souffrait du syndrome de Marfan ; si le dépistage préimplantatoire (DPI) avait existé à l'époque, on aurait pu froidement repérer le gène FBN1 sur le chromosome 15, supposer que le gène muterait, entraînant la maladie... et écarter le futur capitaine de l'Amérique. Le DPI existe et une politique rejetant l'enfant non né par cette technique ou par l'avortement, que favorise Obama, supprime aujourd'hui des petits Lincoln.

On attribue ces mots à Abraham Lincoln : « Dieu doit beaucoup aimer les gens simples pour en avoir créé autant. »

(Jean Degert) CPDH - 26/01/09

(1) Walt Whitman, Feuilles d'herbe, Poésie/Gallimard, 2002, p. 455.

(2) W. Whitman, Op. cit., p. 374-375.

(3) L'article d'Aujourd'hui le Japon manque de précision, comme les autres articles sur le sujet, la découverte du Professeur Yamanaka ayant été faite en 2006 à partir de fibroblastes de souris adultes et publiée l'année suivante, année de sa confirmation sur l'homme adulte.

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